Le manioc, cette manne tropicale négligée

Le manioc est utilisé dans la blanchisserie et consommé sous diverses formes

Haïti : Le manioc occupe une place importante dans la production locale de tubercules en Haïti, soit 45% de la production vivrière. En 2005, dans une publication sur la production de tubercules en Haïti par le Fonds des Nations unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO), le manioc est classé en première position avec 340.000 Tonnes métriques sur un volume de 750.000 TM de production de patate, d’igname, de malanga.

La culture du manioc se fait dans plusieurs régions du pays, notamment là où la terre est sèche ou semi-humide. Des régions comme le Haut Plateau Central, le Nord, le Nord-Est et la Grand’Anse jouissent d’une bonne réputation dans la production domestique du manioc entrant dans la fabrication de la cassave.

Le manioc exploité sous diverses formes

Le manioc est consommé sous une forme ou une autre suivant la variété. En effet, il en existe deux grandes variétés : le manioc doux, consommé en général sous forme de vivres alimentaires ; le manioc amer, à partir duquel on extrait l’amidon, utilisé dans la confiserie et la blanchisserie.

Le manioc amer est particulièrement connu dans le milieu rural pour sa valeur nutritive. On consomme cette variété en poudre ou sous forme de bouillie. Mais surtout en cassave. « Le manioc confère beaucoup d’énergie à l’organisme », explique Philippe Paoly, responsable de la cassaverie « Ti moun yo ap moulen kasav », atelier situé à la Grande-Rivière du Nord.

Trop de difficultés pour cette manne tropicale

En effet, la transformation du manioc spécialement en cassave requiert un long processus. Le manioc doux est pesé, lavé, épluché, et consommé sous forme de légumes. Dans le cas où l’on veut le vendre, il est séché, broyé et tamisé avant d’être finalement emballé.

Le manioc amer subit presque le même processus. Il est d’abord pressé avant qu’on y ajoute du sel. Déposé sur la platine pour la cuisson, il est ensuite mis en sachet pour la commercialisation. Plus d’une dizaine de cassaveries artisanales et modernisées sont localisées au niveau de la Grande-Rivière du Nord, au Cap-Haïtien, aux Cayes, à Papaye, spécialement au Mouvement Paysan Papaye (MPP), à Gonaives, à Léogâne et à Gros-Morne. La majorité de ces ateliers , soit 60% d’entre elles, ont entre 5 à 10 années de fonctionnement.

Citons, entre autres, la cassaverie de Philippe Paoly « Ti Moun yo ap moulen Kasav », située dans la Grande-Rivière du Nord qui a débuté ses activités en 1997. Celle de l’association Femme en Action de Pont Gaudin (FAPO), localisée aux Gonaives, est fondée en 2005, tandis que l’ APDRM à Gros-Morne a entamé ses services en 2006. La plus ancienne est la cassaverie Kè kontan du Mouvement Paysan Papaye. Cet atelier de transformation a vu le jour en 1973.

La consommation populaire de la cassave est très poussée dans les centres urbains proches des ateliers de production. Cette réalité est différente à Port-au-Prince. Aucun atelier n’y a été recensé. Les rares unités de production, localisées à plus de 30 Kms de Port-au-Prince, n’offrent pas un produit de qualité.

La cassave ne résiste pas au mode de transport reliant les villes de province à la capitale. En 1997, la SOCODEVI, à Léogâne, a été vivement critiquée pour sa cassave sèche et friable. Le produit est d’autant plus concurrencé par le pain de blé de la capitale.

D’autres difficultés, malheureusement, tuent la production de cassave dans le pays. Les producteurs et transformateurs du manioc disposent très peu de moyens à la fabrication de la cassave.

Les obstacle sont surtout économiques

Les faiblesses économiques et matérielles des entreprises sont de taille. A l’atelier ’’Timoun yo ap moulen Kasav’’, la main-d’oeuvre, comme l’indique le nom de l’atelier, est constituée d’un bon nombre d’enfants de 6 à 18 ans. Là-bas, le manioc est disponible, mais les matériels de transformation sont désuets, la transformation traditionnelle. Les conditions hygiéniques de préparation laissent à désirer. Le manioc moulu est mis dans un récipient, puis séché en partie à l’aide d’un morceau de tissu que dispose chaque paysan.

Les moyens de transport entravent la transformation du manioc.
La filière n’est pas toujours disponible à l’APDRM. En cas de vente, les produits sont infestés de poussière. A l’atelier FAPO, le personnel est faiblement qualifié, le matériel rudimentaire. L’irrégularité des membres ralentit la production. Il en résulte que l’état de fonctionnement est mauvais.

Le faible moyen de transport de la cassaverie de Papaye paralyse sa clientèle. A Joli-Trou, le local disponible pour la transformation est plus ou moins en bon état, mais les équipements sont semi-artisanaux, semi-modernes. Et le moyen de transport aussi difficile que la Cassaverie Kè Kontan.

Les atouts sont là

Par contre, ces entreprises disposent de quelques infrastructures de base et atouts techniques et professionnels qui leur permettraient d’améliorer la production de la cassave. Certains ateliers sont plutôt bien équipés. . Axène Jean, responsable de la cassaverie de Joli-Trou, croit que le secteur a des atouts importants qui pourraient faciliter une meilleure production de la cassave.

En effet, son atelier, comme tant d’autres, dispose d’un moteur en bon état alimentant les appareils de transformation, d’un chariot, de trois presses-manioc, d’une platine et des bassins à lavage. Et surtout d’une main-d’oeuvre suffisante.

Source : Jean Max St Fleur
tmaxner@yahoo.fr
www.lenouvelliste.com

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